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Travail Publié le 26 août 2026

Pénurie de main-d’œuvre : les entreprises japonaises toujours plus dépendantes des travailleurs étrangers

Au Japon, 68,2 % des entreprises employant des travailleurs étrangers déclarent le faire pour répondre au manque de main-d’œuvre. Une nouvelle enquête du ministère japonais de la Santé, du Travail et des Affaires sociales met en lumière le rôle désormais structurel de l’emploi étranger dans une économie confrontée au vieillissement de sa population.

Pénurie de main-d’œuvre : les entreprises japonaises toujours plus dépendantes des travailleurs étrangers
YOSHIKAZU TSUNO
ÉCONOMIE · EMPLOI

La pénurie de main-d’œuvre reste le principal moteur du recrutement de travailleurs étrangers au Japon. Selon une enquête publiée le 31 août 2026 par le ministère japonais de la Santé, du Travail et des Affaires sociales, 68,2 % des entreprises interrogées déclarent employer des ressortissants étrangers afin de réduire ou d’atténuer leurs difficultés de recrutement.

À RETENIR

Le recrutement international n’apparaît plus comme un phénomène marginal au Japon. Pour une majorité des entreprises concernées, il constitue désormais une réponse directe à la raréfaction de la main-d’œuvre disponible. Plus de la moitié des employeurs interrogés déclarent également attendre des travailleurs étrangers une contribution équivalente ou supérieure à celle de leurs salariés japonais.

La pénurie de main-d’œuvre, premier motif de recrutement

L’enquête réalisée par le ministère japonais du Travail permet de mieux comprendre les motivations des entreprises qui ont recours à une main-d’œuvre étrangère.

Parmi les établissements interrogés, 68,2 % indiquent recruter des travailleurs étrangers afin de résoudre ou d’atténuer leurs pénuries de personnel. Ce motif arrive très largement en tête des réponses.

Le résultat est relativement stable par rapport à l’année précédente, où 69 % des entreprises concernées donnaient déjà cette justification. Depuis la création de l’enquête en 2023, la pénurie de main-d’œuvre reste ainsi le principal facteur expliquant le recours à l’emploi étranger.

Ce constat reflète une difficulté devenue structurelle pour l’économie japonaise : le nombre de travailleurs disponibles diminue sous l’effet du vieillissement de la population et du recul démographique, alors que les besoins restent importants dans de nombreux secteurs.

CHIFFRE CLÉ

68,2 %

des entreprises interrogées employant des travailleurs étrangers déclarent le faire pour répondre à leurs difficultés de recrutement.

Pas uniquement une main-d’œuvre destinée à combler les postes vacants

L’enquête montre toutefois que les employeurs japonais ne présentent pas uniquement le recrutement international comme une réponse quantitative au manque de personnel.

56,2 % des entreprises interrogées déclarent employer des ressortissants étrangers parce qu’elles attendent d’eux des performances équivalentes ou supérieures à celles des travailleurs japonais.

Cette proportion est même légèrement supérieure à celle observée l’année précédente, lorsqu’elle atteignait 54,7 %.

D’autres motivations apparaissent également. 18,1 % des entreprises expliquent vouloir favoriser l’internationalisation et la diversité de leur organisation, tandis que 14,1 % souhaitent bénéficier de connaissances ou de compétences que leurs salariés japonais ne possèdent pas nécessairement.

Ces résultats témoignent d’une évolution progressive de la place du travailleur étranger dans l’entreprise japonaise : celui-ci n’est plus systématiquement envisagé uniquement comme une solution temporaire aux métiers en tension.

Un salaire mensuel moyen de 292 400 yens

L’étude permet également d’observer plus précisément les conditions d’emploi de la main-d’œuvre étrangère.

Pour les travailleurs étrangers employés à temps plein dans le périmètre étudié, le montant mensuel moyen des rémunérations régulières atteint 292 400 yens, en progression de 6,4 % par rapport à l’enquête précédente.

Cette moyenne recouvre toutefois des situations très différentes selon le statut de résidence et le type d’activité exercée.

Les travailleurs relevant des catégories professionnelles et techniques perçoivent en moyenne 306 500 yens par mois. Parmi eux, les titulaires du statut de « travailleur qualifié spécifique » atteignent 254 100 yens.

Les personnes relevant du programme de stage technique affichent en revanche une rémunération mensuelle moyenne de 213 500 yens, soit un niveau sensiblement inférieur.

À l’inverse, les étrangers disposant d’un statut de résidence lié à leur situation personnelle ou familiale enregistrent une rémunération moyenne de 347 200 yens.

Des écarts importants selon les statuts de résidence

Ces différences de rémunération rappellent que l’expression « travailleurs étrangers » recouvre des profils extrêmement variés.

Elle désigne aussi bien des ingénieurs, chercheurs ou cadres internationaux que des employés de l’hôtellerie, des salariés de l’industrie, des travailleurs de la construction, des aides-soignants ou encore les personnes présentes dans le cadre de programmes de formation professionnelle.

Les conditions d’accès au marché du travail, les qualifications demandées et les possibilités d’évolution professionnelle diffèrent donc considérablement selon le statut de résidence.

L’enquête indique également des différences dans le temps de travail. Les stagiaires techniques enregistrent par exemple en moyenne 21,4 heures supplémentaires par mois, contre 16,4 heures pour les travailleurs relevant des professions techniques et spécialisées.

2,57 millions de travailleurs étrangers au Japon

Ces données prennent une importance particulière lorsqu’elles sont replacées dans l’évolution générale du marché du travail japonais.

À la fin du mois d’octobre 2025, le Japon comptait 2 571 037 travailleurs étrangers, selon les données du ministère du Travail publiées en janvier 2026.

Ce chiffre représentait une progression de 11,7 % en seulement un an et constituait un nouveau record. Le nombre de travailleurs étrangers progresse désormais depuis treize années consécutives.

À titre de comparaison, ils étaient environ 900 000 dix ans auparavant. En une décennie, leur nombre a donc presque triplé.

Le Vietnam, premier pays d’origine

La composition de cette main-d’œuvre étrangère a elle aussi fortement évolué au cours des dernières années.

Les ressortissants vietnamiens constituent désormais le premier groupe de travailleurs étrangers au Japon, avec 605 906 personnes, soit 23,6 % du total.

Ils sont suivis par les ressortissants chinois, au nombre de 431 949, puis par les Philippins avec 260 869 travailleurs.

Dans le même temps, les statuts professionnels et techniques connaissent une croissance particulièrement rapide. Ils concernaient 865 588 travailleurs fin octobre 2025, soit une augmentation de plus de 20 % en un an.

Une dépendance devenue structurelle

Pendant longtemps, les politiques japonaises ont présenté le recours à la main-d’œuvre étrangère comme une réponse limitée à certains besoins sectoriels plutôt que comme une véritable politique d’immigration économique.

La situation actuelle rend cette distinction de plus en plus difficile à maintenir. Dans plusieurs secteurs, le recours aux travailleurs étrangers ne constitue plus une solution exceptionnelle mais un élément essentiel du fonctionnement quotidien des entreprises.

La santé et l’aide aux personnes âgées, la construction, l’hôtellerie-restauration, l’agriculture, l’industrie ou encore certains services figurent parmi les activités particulièrement confrontées aux difficultés de recrutement.

Le vieillissement de la population japonaise laisse peu de raisons de penser que cette tendance pourrait rapidement s’inverser.

Le paradoxe de la politique japonaise envers les étrangers

Ces chiffres mettent également en évidence l’une des contradictions auxquelles les autorités japonaises doivent aujourd’hui faire face.

D’un côté, les entreprises ont un besoin croissant de travailleurs étrangers pour assurer leur activité. De l’autre, le gouvernement cherche simultanément à renforcer plusieurs règles entourant l’installation durable des ressortissants étrangers dans l’archipel.

En 2026, cette évolution se traduit notamment par le projet de durcissement des conditions d’accès à la résidence permanente, une forte hausse des frais administratifs liés aux titres de séjour et une volonté affichée de renforcer les exigences d’intégration.

Le Japon semble ainsi entrer dans une nouvelle phase de sa politique migratoire : une ouverture économique de plus en plus difficile à éviter, accompagnée d’un contrôle accru des conditions de séjour et d’installation durable.

L’enjeu des prochaines années ne sera donc probablement plus de déterminer si l’économie japonaise doit recourir à la main-d’œuvre étrangère, mais plutôt de définir les conditions dans lesquelles cette présence croissante pourra s’inscrire durablement dans la société.

Sources et références

Ministère japonais de la Santé, du Travail et des Affaires sociales · Agence japonaise des services d’immigration · e-Stat